Chronique du jeudi 13 décembre 2018

Histoire du Temps Passé au Présent

Chaque jeudi un regard sur l’actualité

 

BAS LES ARMES

L’époque n’est pas, semble-t-il, à mettre bas les armes, aux sens propre et figuré. À Strasbourg, de nouvelles victimes du terrorisme viennent d’être déplorées ; sur les ronds-points routiers, les ‘’gilets jaunes’’ ne veulent pas désarmer quand bien même ‘’l’acte V’’ n’a pas atteint leurs espérances ; et cela alors que l’on vient de commémorer le ‘’bas les armes’’ (pour 20 ans hélas) d’une des plus grandes boucheries du siècle dernier, la guerre de 14-18. Rien de bien nouveau donc : des ecclésiastiques ne s’échignaient-ils pas à instaurer ‘’la Paix de Dieu’’ au bas Moyen Âge en Europe occidentale, sans beaucoup de succès doit-on en convenir. Des instants aussi rarissimes que bien des siècles plus tard la Fête de la Fédération en 1790 ne se reproduisent pas aussi souvent qu’on le souhaiterait.

Cela fait plus de 20 ans, le 29 septembre 1995, qu’à Vaugneray était abattu Khaled Khelkal et que notre pays a du s’habituer, avec les attentats de cette année-là, à vivre avec l’épée de Damoclès du terrorisme au-dessus de la tête. Dernier en date, l’attaque lors du marché de Noël de Strasbourg a fait l’effet d’une piqûre de rappel à ceux qui l’aurait oublié. Les terroristes ne sont pas prêts à mettre bas les armes.
Loin de nous l’idée de les comparer à des terroristes, mais les groupes de ‘’gilets jaunes’’ eux non plus, sur leurs ronds-points routiers, ne sont pas prêts à mettre bas les armes. Parce qu’il ne s’agit pas d’un rhume qui relève de prise de paracétamol / mesures financières de consolation, mais d’une longue maladie nécessitant un traitement de longue durée, de plus traumatisant pour la société toute entière. Et il n’existe pas d’algorithme miracle pour ce faire…
Retour environ un millénaire en arrière: le pouvoir de l’État central carolingien s’est délité, les seigneurs locaux n’en font qu’à leur tête ; émerge alors le mouvement dit de ‘’la Paix de Dieu’’, des assemblées sous l’influence de l’Église mais mouvement d’initiative populaire. Une dynamique qui sera ensuite soutenue par le roi de France. Mouvements populaires en ce que des foules se rassemblent sans organisation ni leader ni programme bien définis, autour de reliques de saints (mais pas sur des ronds-points, nuance sans importance). Autre nuance la religion de ce temps n’appelait pas aux assassinats… il faudra attendre les croisades, quelques siècles plus tard. Non, ‘’la Paix (ou trêve) de Dieu’’ comme son nom l’indique poursuit un objectif limité : interdire, dans certaines périodes de l’année toute violence guerrière. Comprenez la guerre conçue comme une succession ‘’d’actes’’ entrecoupée de pauses. Vous avez dit actes I, II, III, IV, V…
Coïncidence pour le moins incongrue que l’émergence de la ‘’jacquerie jaune à gilets’’ alors que l’on célébrait le centenaire du bas les armes d’un des conflits les plus terribles de l’histoire, la Première Guerre mondiale : on est dans l’ordre du symbole bien sûr, mais cela va permettre de rajouter un chapitre supplémentaire à la longue histoire de la non-violence.
Mais dans le même ordre d’idée, si les ‘’sans-culottes’’ de 1789, prenant la Bastille, peuvent s’apparenter (dans leur volonté de se trouver un uniforme-bannière) aux ‘’gilets jaunes’’, tous les deux grammaticalement des substantifs devenus noms propres, on pourra toujours se remémorer que ces fameux ‘’sans-culottes’’, en un mouvement issu des provinces (c’est à Lyon que se tient la première fête de la Fédération le 30 mai 1790 dans la plaine des Brotteaux) surent un an après la prise de la Bastille, le 14 juillet 1790, sur le Champ-de-Mars à Paris, mettre en scène de façon grandiose la concorde populaire retrouvée. Avec dans le ‘’casting’’ le défilé des bataillons de la Garde Nationale en ouverture.
Vous imaginez, dans quelques mois, une fête de la Concertation, avec en préalable un défilé de compagnies de CRS et d’escadrons de Gendarmerie mobile ? Çà en aurait de la gueule !

Denis Tardy

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