Chronique du jeudi 14 février 2019

Histoire du Temps Passé au Présent

Chaque jeudi un regard sur l’actualité

 

FAUTEUIL

 

Abdelaziz Bouteflika a annoncé il y a quelques jours qu’il était candidat à un cinquième mandat de président de l’Algérie ; vingt ans après son accession à ce poste pour la première fois. Plus au sud en Afrique, au Gabon, une tentative de coup d’état pour renverser le président Ali Bongo a avorté début janvier. Quant au président de l’Équateur, Lenín Moreno, il n’a toujours pas trouvé de solution pour Julian Assange, fondateur de WikiLeaks, réfugié à l’ambassade équatorienne de Londres depuis 2012 : il s’était pourtant déplacé en Grande-Bretagne en juillet dernier pour en discuter avec les autorités britanniques. On rajoutera qu’il y a exactement 90 ans, Franklin Roosevelt devenait gouverneur de New York. Le point commun entre ces quatre présidents : ils se déplacent (se déplaçait dans le cas de Roosevelt) en fauteuil roulant.

La capacité d’Abdelaziz Bouteflika à gouverner l’Algérie [alors que depuis 2013, suite à un AVC (accident vasculaire cérébral), il n’apparait pratiquement plus en public et se déplace en fauteuil roulant] est revenu sur le tapis avec sa candidature à l’élection présidentielle du 18 avril prochain. Une candidature qui divise en Algérie où Bouteflika, 81 ans, ne s’est plus adressé en public à son peuple depuis 2012, à l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance.

Le président du Gabon, Ali Bongo lui aussi aurait été victime d’un AVC, ou d’un œdème cérébral en octobre 2018. Hospitalisé en Arabie Saoudite, puis au Maroc, Ali Bongo a présidé à Libreville la cérémonie de prestation de serment du nouveau gouvernement le 15 janvier, en fauteuil roulant, quelques jours après une tentative avortée de coup d’état. Fils de l’ancien président Omar Bongo, il avait été élu chef de l’État en 2009, réélu en 2016 ; non sans contestations.

Lenín Moreno, lui, a été élu président de l’Équateur en mai 2017 ; il avait précédemment été vice-président de 2007 à 2013. Autant de fonctions exercées alors que depuis 1998, il se déplace en fauteuil roulant, une situation liée à une lésion à la moelle épinière consécutive à une agression l’ayant rendu paraplégique. Il fut nommé pour le prix Nobel en 2012(1) (son action a fait de l’Équateur l’un des pays d’Amérique du sud les plus avancés par leur politique en faveur des personnes handicapées) et l’année suivante le secrétaire général de l’ONU en fait l’envoyé spécial des Nations Unis pour le handicap et l’accessibilité.

Quel chemin parcouru depuis Franklin Roosevelt, paralysé des membres inférieurs à 39 ans, dès les années 1920, et obligé de marcher avec des attelles orthopédiques en public, de se déplacer en fauteuil roulant en privé… en dissimulant son état de santé. Il n’en fut pas moins élu quatre fois président des États-Unis.

Alors que le poste de chancelier d’Allemagne lui était promis (il était le ‘’dauphin’’ d’Helmut Kohl) Wolfang Schäuble est gravement blessé en octobre 1990, un attentat le laissant handicapé et en fauteuil roulant. Ce qui ne l’empêche pas de devenir un ministre au rôle capital les années suivantes, en particulier aux finances, les européens s’en souviennent… Dans un très rare interview où il accepta d’évoquer son handicap (2) , il expliquait : « Le fauteuil roulant ne m’a rendu ni plus dur ni plus amer. Il n’a pas fait de moi un homme meilleur ». Et il ajoutait qu’être cloué dans un fauteuil « n’offre pas un avantage moral sur les autres ». Car pour lui « tous les humains souffrent d’un handicap, mais nous n’avons pas conscience ».

Denis Tardy

 

(1) Cette année-là, c’est l’Union européenne qui a reçu le prix Nobel de la paix. Alors que le Brexit n’en finit pas de finir, on rappellera la réaction officielle du Royaume-Uni à cette nomination : « Ce prix reconnait le rôle historique de l’UE dans la promotion de la paix et de la réconciliation en Europe, notamment à travers son élargissement à l’Europe centrale et orientale. » Theresa May écrirait-elle la même chose aujourd’hui ?

(2) Le Figaro, 19 octobre 2012.

 

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