Chronique du jeudi 3 juin 2021

Histoire du Temps Passé au Présent

Chaque jeudi un regard sur l’actualité

 

MUSÉES PRÉSIDENTIELS

 

C’est en 2022 que le château de Villers-Cotterêts, reconverti en Cité internationale de la langue française, devrait ouvrir aux visiteurs et résidents, totalement en mai 2023. Un musée présidentiel de plus après le Centre Pompidou, Orsay, le Grand Louvre, le musée du quai Branly, le musée de l’Immigration, le musée de la Renaissance d’Écouen…

 

Voulue par Emmanuel Macron, la Cité internationale de la langue française (où aurait été signé l’édit de Villers-Cotterêts par François Ier en août 1539 remplaçant le latin par le français comme langue administrative) sera-t-elle inaugurée par lui ? Les précédents sont nombreux en effet : le Centre Pompidou/Beaubourg dont le projet fut poussé par le président dont il porte le nom, fut inauguré en 1977 par un autre président, Valéry Giscard d’Estaing. Lequel décide durant son septennat de créer dans une ancienne gare parisienne, Orsay, un musée consacré aux arts du XIXe siècle (1848-1914), inauguré par son successeur François Mitterrand en décembre 1986. Lequel annonce la réalisation du Grand L’ouvre en septembre 1981, dont il inaugurera la ‘’Pyramide’’ en mars 1988 puis en mars 1989.

Son successeur Jacques Chirac initiera un musée des Arts et Civilisations d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques (quai Branly) qu’il inaugurera en juin 2006 et qui porte son nom depuis 2016. Son successeur ne dérogera pas à la règle, en voulant créer (pour étendre le projet du roi Louis-Philippe au château de Versailles en 1837 du musée de l’Histoire de France ?) une Maison de l’Histoire de France annoncée le 12 septembre 2010, dont l’implantation était prévue sur le site des Archives Nationales… qui n’eut pas lieu d’être inaugurée car cette Maison voulue par Nicolas Sarkozy ne vit jamais le jour, son successeur François Hollande mettant un point final au projet en 2012. Lequel inaugurera le musée national de l’histoire de l’Immigration en décembre 2014, sept ans après son ouverture : 2007, c’était une année d’élection présidentielle se concluant par l’élection de Nicolas Sarkozy… Qui aujourd’hui proposerait de baptiser ce musée du nom de Nicolas Sarkozy ?…

Retour en arrière avec le président Valéry Giscard d’Estaing qui inaugurera en octobre 1977 le musée de la Renaissance à Écouen (Val d’Oise), décidé par l’emblématique ministre de la Culture du général De Gaulle, André Malraux en 1962. Personne ne songea, que l’on sache, à l’appeler musée Charles De Gaulle ; pourtant, la renaissance… de la France, lors de la Seconde Guerre mondiale… Sans doute parce que le Général, entré dans l’Histoire par la grande porte, ne devait se soucier comme de l’an… 40 que son nom perdure avec une triviale plaque portant son nom.

Le siège de la Cité internationale de la langue française, le château de Villers-Cotterêts (Aisne), ne manque pas de rappeler au plan architectural le château d’Écouen, soit dit en passant. Mais la focalisation des présidents depuis des lustres sur la volonté de laisser leur marque via des musées portant leur nom (le nom de Valéry Giscard d’Estaing vient d’être ajouté pour le musée d’Orsay), si elle permet de superbes réalisations, en région parisienne essentiellement, ne masque-t-elle pas des initiatives territoriales (on pense à l’Historial de la Grande Guerre de Péronne, projet à l’initiative du conseil général de la Somme en 1986, au musée de la Révolution française à Vizille engagé par le conseil général de l’Isère et inauguré en 1984) traitant de thèmes propres à l’ensemble de la nation, qui ne se réduit pas à la seule région parisienne.

Ne conviendrait-il pas d’aller plus avant dans ce sens ?

Denis Tardy

 

 

Retour