Chronique du jeudi 13 juin 2019

Histoire du Temps Passé au Présent

Chaque jeudi un regard sur l’actualité

 

DIALECTIQUE

 

Qu’est-ce qui peut bien rapprocher Notre-Dame-de-Paris, le dernier livre de Jean Guilaine sur la fin du néolithique, Boileau et Charles Perrault au XVII° siècle, un autre écrivain, anglais, Roy Lewis et son inénarrable roman Pourquoi j’ai mangé mon père d’avec Emmanuel Macron, notre président de la République ?

Les conséquences de l’incendie de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris et les péripéties du chantier de reconstruction ne cessent de générer des polémiques deux mois après la nuit de la catastrophe, les 15 et 16 avril dernier et alors que l’on célèbre pour la première fois une messe dans l’édifice dévasté. Toujours au coeur des polémiques la question: faut-il reconstruire à l’identique ou pas ? Ni plus ni moins, deux camps s’affrontent, dans ce qui s’apparente à une querelle des anciens et des modernes. Étonnant cet affrontement pour un bâtiment qui il y a huit siècles incarnait le triomphe de la modernité du gothique sur l’ancien monde du roman, celui de la cathédrale alors démolie.

Querelle des anciens et des modernes encore, mais beaucoup plus antérieure, à l’époque où l’humanité passait du statut (ancien) de chasseur-cueilleur à celui (nouveau) d’agriculteur et d’éleveur, vers 10 000 avant J.-C. Jean Guilaine, le grand spécialiste du néolithique et de la préhistoire récente vient de publier un nouveau livre Mémoire d’un protohistorien, la traversée des âges, ce qui lui permet de revenir notamment sur cette mutation qu’il qualifie de « seconde naissance de l’homme » et de constater qu’étaient en germe il y a dix millénaires des traits saillants de notre civilisation actuelle.

Déjà, sur une autre formidable mutation, mais dans un roman se déroulant au pléistocène moyen, Roy Lewis, dans Pourquoi j’ai mangé mon père mettait en scène un certain Édouard toujours à l’affut d’innovations (il invente le feu, l’arc…) qui provoquent des catastrophes et oncle Vania opposé à toute forme de progrès et qui le manifeste avec son cri de ralliement « back to the trees ». Aux origines de l’humanité, déjà, la confrontation progressistes-réactionnaires était à l’ordre du jour ? 

Un débat que l’on retrouve au milieu du XVIIe siècle, à l’origine de l’expression « Querelle des Anciens et des Modernes » entre des écrivains tel Boileau partisans d’une création littéraire imitée des auteurs de l’Antiquité et ceux comme Charles Perrault (il n’a pas écrit que des contes…) pour qui cette même création littéraire doit proposer des formes artistiques nouvelles.

En théorisant dès le début de son quinquennat la fracture entre ancien et nouveau monde (sous-entendu le sien), le président de la République n’a donc pas… innové. Il vient d’en ‘’remettre une couche’’ à l’occasion des élections européennes, avec son analyse sur l’opposition entre progressisme et nationalisme.

Comme quoi c’est dans les vieux pots qu’on fait la meilleure soupe (électorale)… mais avec des carottes nouvelles !

Denis Tardy

 

 

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